Objectif : Irlande – jour 3

Objectif : Irlande – jour 3

François-Xavier Driant - photographe professionnel Lyon - corporate

Jeudi 23 mai

On a certainement tendance à l’oublier mais dormir dans un vrai lit est luxe ! Je n’ai pas envie de me lever tôt ce matin. J’en profite pour me reposer un peu. L’heure du départ pour Glenariff est prévue pour 9h alors j’attends avant de me lever pour prendre ma douche. La maison est encore silencieuse quand je descends pour le petit déjeuner.

Dans la cuisine, Lucas a déjà tout mis en place. Je suis rapidement rejoint par un grand gaillard qui se présente en me tendant une main vigoureuse : « Robert ! ». Un allemand qui doit doucement approcher la trentaine. Il a un vrai don Robert, qui ne met pas longtemps à apparaitre comme une évidence : il fait disparaitre instantanément la moindre notion de silence, de quiétude. Il est d’une convivialité rare, d’une bonhommie naturelle incroyable. Il n’est pas assis depuis dix minutes qu’il raconte déjà des blagues en me filant des coups de coude.

Puis chacun arrive pour le petit déjeuner. Anouk, Paola et un couple de hollandais qui étaient avec moi sur la chaussée des géants la veille.

Quand j’ai vu Paola pour la première fois, la veille, je la pensais étudiante. A trente et un an, elle a quitté les bancs de la fac depuis un moment. Mais elle me confie que la jeunesse de son visage ne joue pas forcément en sa faveur dans le travail. Elle est venue passer un mois comme volontaire pour améliorer son anglais. Nous avons une heure de route jusqu’à destination, donc largement le temps d’échanger et même si elle cherche encore ses mots, les discussions vont bon train.

Troisième jour que je roule à droite dans la voiture et à gauche sur la route… je manque franchement de dextérité dans la main gauche pour passer les vitesses de façon fluide. Les routes étroites, les voitures en face qui roulent parfois un peu vite, la signalisation quasi inexistante dans la partie anglaise de l’Irlande rendent les déplacements un rien tendus.

Quand je gare la voiture sur le parking de Glenariff forest park, il y a peu de personnes. Pour autant, il y a un couple de français qui se présente à l’horodateur en même temps que nous. Où que l’on se trouve en Irlande ou en Angleterre, on entend parler français, c’est assez surprenant ! Les parcs comme celui-là ne sont à priori pas payants, en accès libre. En revanche, dans chaque endroit le stationnement, lui, est payant et assez cher.

Je répète une fois encore à Paola que je vais prendre mon temps pour faire des photos qui risquent de durer un peu, qu’il est possible que je recommence plusieurs fois les photos et qu’elle ne doit pas hésiter à aller se balader sans pour autant m’attendre. Puis nous nous engageons sur le waterfall trail, un des quatre sentiers balisés du parc.

Le soleil brille dans le ciel bleu ce qui rend bien agréable la balade sur les chemins balisés en pleine forêt. Mais ce qui rend également un éclairage direct sur l’eau des cascades. Sur une image, l’alternance d’endroits éclairés en direct par le soleil et d’endroits dans l’ombre n’est pas très gracieux, pas très harmonieux.

Paola m’attend patiemment à chaque prise de vue et me suit parfois quand je décide de sortir du chemin balisé et de franchir les barrières pour approcher de la Glenariff river.

Une odeur soutenue d’ail des ours flotte en différents endroits de la forêt. La plante est, comme en France, bien présente dans les forêts d’Irlande du Nord. Je retrouve les impressions, les sensations qui sont les miennes quand je marche le long de l’Albarine, dans le Bugey. Il n’y a pas à dire, c’est bien là que je me sens le mieux : dans le vert intense, le bruit de l’eau qui s’écoule, en passant de pierres en pierres, des odeurs de plantes et d’humidité.

La balade et les photos nous occupent jusqu’en début d’après-midi. Nous reprenons la route en direction de Cushendall pour une pause déjeuner. Si ce matin nous avons pris la route la plus directe pour arriver au parc forestier, nous retournons vers l’auberge par la coastal road. Nous allons profiter des panoramas.

A commencer par celui du tout petit port de Cushendall ou nous nous installons pour manger au soleil (l’endroit où j’ai fait les photos avec le trépied la veille au soir).

Puis vient Cushendun et de là nous prenons cette petite « scenic road » (route panoramique) jusqu’à Torr Head. Nous montons la colline jusqu’à la bâtisse abandonnée pour profiter de la vue. Comme le jour précédent, le vent souffle fort sur ce littoral. Il reste un espace naturel entre l’abris et la mer elle-même avec des pentes assez abruptes qui descendent parfois en falaises jusqu’aux vagues.

Quelques minutes de voitures et nous sommes à Fair Head. Rien qu’en écrivant ces mots, je sens encore le vent, j’entends les moutons. Mais plus que tout autre chose, je ressens cette force immense qui m’attrape fermement. Cette force que je ressens dans certains lieux naturels et apaisants.

Nous rentrons à Finn Mc Cool’s, après une marche sur Fair Head, vers 17h, complètement éteints, fatigués du bol d’air que nous venons de prendre au cours de cette belle journée. Tout le monde se retrouve dans le petit salon pour raconter sa journée, une tasse de thé à la main.

Andrew, le propriétaire de l’auberge, vient discuter avec nous également. Un hollandais d’une petite cinquantaine d’années, corpulent, bien dans ses pompes, toujours un sourire sur les lèvres. Je lui explique que nous avons prévu d’aller voir le château de Dunluce, juste à côté, à Bushmills, pour le coucher du soleil.

Il y a plus de monde ce soir à l’auberge, ça donne une convivialité supplémentaire. Robert arrive quand nous passons tous à table. Adieu le calme… Il prend une Guinness et nous explique que ce n’est pas la première bière qu’il descend ce soir. Il demande à nous accompagner à Dunluce Castle après s’être assuré qu’il pouvait emmener sa prochaine Guinness avec lui en voiture.

Nous arrivons au bon moment pour commencer les photos du château en ruine qui se dresse face à la mer, en haut des falaises. Le soleil descend lentement pendant que je prends mes photos et pendant que Paola et Robert vont se balader dans l’enceinte du château jusqu’à la mer.

Quand nous rentrons, nous retrouvons Sybille dans le salon et une discussion s’engage à quatre jusque tard. Je vais me coucher après quelques bières. Le réveil sonnera dans quatre heures, ça va piquer demain matin !