Objectif : Irlande – jour 2

Objectif : Irlande – jour 2

Mercredi 22 mai

J’ai passé la nuit dans ma voiture à Torr Head. Il a fait particulièrement froid, j’ai dû dormir un peu moins de trois heures en pointillés. Aux premières lueurs du jour, vers 4h (le soleil se lève très tôt au nord de l’Irlande à cette époque de l’année), je sors de ma voiture. Il faisait déjà froid à l’intérieur. Mais alors dehors… avec un vent assez fort. La voiture indique 2 degrés. Le promontoire de Torr Head se dresse entre la mer et moi, il ne me reste plus qu’à y grimper.

En arrivant sur le haut de la colline, le vent et l’impression de froid se renforcent. Une ancienne bâtisse abandonnée dédiée à l’observation y est érigée, entourée d’un muret de pierres. Les seuls occupants des lieux (les moutons mis à part) sont des petits lapins qui courent dans tous les sens dès qu’ils me voient. C’est l’heure à laquelle ils sortent des terriers pour se dégourdir les pattes et manger. Y’en a de partout !

Lentement, la lune se fait moins présente, le ciel est sans nuages et le paysage s’éclaire, laissant apparaitre des hectares et des hectares de prés à moutons, une nature sauvage et un quadrillage impressionnant de murets de pierres. Vers l’Est, la mer, calme, bleue. L’Ecosse se dresse en face de moi, de l’autre côté de cette mer (une vingtaine de kilomètres). Les montagnes écossaises restent coiffées ce matin d’une épaisse couche de nuages. Le soleil commence à donner d’autres couleurs à la voute céleste.

Le boitier à la main, je commence à déclencher quand la luminosité augmente un peu. Des tests de cadrage, d’exposition. Et le vent souffle toujours, glacial. Je profite de la maison abandonnée pour me mettre à l’abri quand je ne fais pas de photo.

Il est bientôt cinq heures, le soleil ne va pas tarder à franchir la ligne d’horizon. Le haut des montagnes qui font face à la mer commence à s’éclairer. Les bosquets d’ajonc entièrement fleuris, particulièrement présents sur les glens of Antrim, s’enflamment de la lumière du soleil. Les « bluebells » (jacinthes sauvages) dansent, bercées par le vent.

Sans plus vraiment de sensations dans les mains, je regagne tranquillement ma voiture.

J’ai fait plusieurs fois la route entre Cushendun et Ballycastle, c’est magnifique ! Il y a du relief, des murets, beaucoup (beaucoup) de moutons et la mer. Je n’ai qu’une envie ce matin : un café !!!

Le paysage est au-dessus de mes espérances mais assez difficile à prendre en photo. Ici encore, les routes sont vraiment étroites et bordées soit de murs en pierres, soit de talus en herbe rendant absolument impossible le moindre arrêt en voiture pour prendre des photos. C’est spécialement frustrant de chercher une entrée de pré qui ne vient pas ! Et quand vous la trouvez, elle est tellement loin que la photo est « passée »…

Après avoir pu boire un thé bien (trop !) chaud et manger un peu à Ballycastle, j’ai rejoint la pointe de Fairhead. Cet endroit repéré sur les cartes quelques jours avant de partir. J’attendais beaucoup de ce lieu, je ne suis vraiment pas déçu !

NB : Fair Head est une exception parmi les sites que j’ai visités puisque le terrain n’appartient pas au National Trust mais à un paysan qui l’exploite pour son élevage de moutons. Il laisse néanmoins la possibilité aux visiteurs de s’y promener et surtout aux grimpeurs de s’accrocher puisque les falaises sont un site réputé d’escalade pour leur difficulté particulière.

 

La voiture garée, je m’acquitte de trois pounds pour le stationnement en versant les pièces dans une « Honesty box ». Fairhead est une immense lande d’herbe surélevée sur une roche dolérite en forme de tuyaux d’orgues (roche éruptive dense, massive) considérée comme le basalte de la chaussée des Géants. Vue du dessus, elle a une forme arrondie vers la mer. Plus on approche du bord et plus les roches s’élèvent, ce qui donne, à certains endroits, l’impression que Fairhead est un immense amphithéâtre naturel. On y trouve deux lacs naturels dont le plus petit se trouve à une vingtaine de mètres de la falaise et de la mer. Des moutons à perte de vue et quelques bovins.

Je me mets en marche en même temps qu’un homme d’une soixantaine d’années. On se retrouve plusieurs fois aux mêmes endroits sur la lande à admirer le panorama. Puis à un moment, la discussion s’engage par un « c’est vraiment magnifique n’est-ce pas ? » en anglais évidemment de la part de l’homme. Et au lieu de s’ignorer, on a commencé à marcher et à discuter ensemble. Il est passionné d’histoire, notamment celle de cette région et de cet endroit.

Bill est un américain de Pennsylvanie qui vient ici très régulièrement. Et tout le temps qu’il m’accompagne sur les sentiers, il m’explique ce qu’il sait de la région et de l’endroit. Il me parle, par exemple, de cette petite ile construite par l’homme au milieu de ce lac naturel. Dans les temps anciens, pour se protéger d’éventuelles invasions et saccages, elle servait de lieu de replis pour le paysan et sa famille. Située au beau milieu du lac elle n’est accessible que part un chemin de pierres fichées dans le sol du lac, et demeurant à une dizaine de centimètres sous le niveau de l’eau. De cette façon, seul celui qui sait où le chemin se trouve peut atteindre l’île.

Il m’explique encore qu’en face de nous, au nord, l’île que nous voyons s’appelle Rathlin Island et qu’elle est un endroit naturel particulièrement préservé avec des points d’eau douce. J’apprendrai par la suite qu’elle abrite des macareux, des phoques et une réserve pour les oiseaux… Ce sera pour ma prochaine visite !

Bill me parle de la famille de sa mère qui est originaire d’une ville en France dont il ne sait pas prononcer le nom. Je lui propose de me l’épeler. J’ai failli tomber quand j’ai entendu B-E-L-L-E-Y ! Une ville du département de l’Ain à 1h de route de Lyon et en plein Bugey, mon terrain de jeu favori !

« – Tu connais ? » me dit-il. Si moi je connais le Bugey ? Bah un peu ouais 😊

Nous discutons longtemps, Bill est passionnant mais il a peur que sa femme s’inquiète ne le voyant pas revenir. Nous nous saluons chaleureusement et je le remercie pour tous ces petits secrets qu’il m’a livrés et il fait demi-tour vers sa voiture tandis que je poursuis mon chemin sur la lande.

Je me dis combien j’ai de la chance d’être là. Les rencontres arrivent à ceux qui les laissent exister.

Je reprends ma voiture pour me rendre à Murlough Bay que je parcours tranquillement. Une lande sauvage qui descend jusqu’à la mer en contrebas. Je n’atteindrai pas le bord de l’eau, des travaux en cours en interdisent l’accès. Chaque rencontre reste sereine. Même le responsable du chantier qui m’explique que je ne peux pas aller plus loin est sympa. Comme ailleurs, des moutons absolument de partout. La brebis avec un ou deux agneaux, tous habillés en laine épaisse. Ce petit monde s’ébat, dort ou mange au ralenti.

La lumière du soleil donne une intensité tout simplement incroyable au bleu du ciel et au vert omniprésent. C’est un ensemble d’une harmonie qui apaise l’âme, qui enveloppe de douceur la moindre des émotions.

Après un déjeuner au soleil, dans les jardins du port de Ballycastle, je reprends la route qui me mène à mon premier point de chute : Finn Mc Cool’s hostel !

Pourquoi cette auberge de jeunesse ? Située à quelques centaines de mètres du chemin qui mène à la Giant’s Causeway, c’était une évidence ! La chaussée des géants qui a largement orienté mon choix pour la destination.

Finn Mc Cool’s est une grosse maison qui a pu, à une autre époque, être un Bed and Breakfast. Une réception, une grande cuisine bien équipée, un salon ouvrant sur une véranda orientée sur la mer. Des chambres à l’étage, des salles de bains.

Je suis accueilli par ceux qu’on appelle des « volontaires ». Des personnes hébergées et nourries en échange d’une vingtaine d’heures de travail par semaine comme l’accueil des résidents, le ménage ou encore la préparation du petit déjeuner.

Il y a Anouck et Lucas, deux français et Paola, italienne. Les résidents vont arriver tout au long de l’après-midi. C’est une demi-douzaine de personnes qui passeront la nuit là, dont Sybille, française également.

Bien épuisé par une toute petite nuit, je prends mon temps, une douche, je me repose avant de descendre dans la cuisine me préparer un thé.

Ce soir, c’est Giant’s Causeway mais les prochaines visites ne sont pas encore fixées précisément dans mon esprit. Et je patauge dans ma fatigue et les choix à faire quand Paola vient me rejoindre dans la cuisine.

Elle m’explique qu’elle souhaite aller à Glenariff Forest Park le lendemain pour sa journée de coupure. On y trouve des rivières et des cascades, des endroits naturels. Mais ne disposant pas de voiture, elle devra y aller en bus. Nous discutons un moment et je me dis que Glenariff park est surement un endroit idéal pour des poses longues devant les cascades et sur la rivière. Je propose donc à Paola de l’emmener à Glenariff park le lendemain. Tandis qu’elle retourne accueillir les résidents qui arrivent, je commence à chercher tous les renseignements possibles sur Glenariff dans mon guide et sur internet. Ça promet d’être un très bel endroit et une très belle journée.

Le soleil se couche, à cette époque, vers 21h40 (heure irlandaise). Je prends la direction de la Giant’s Causeway à pieds vers 19h30. C’est un moment un peu… « tendu ». Ce voyage a pour objectif la photographie en premier lieu et le repérage en second lieu pour y revenir. Quand j’ai imaginé ce séjour et ces destinations, je le disais plus tôt, la chaussée des géants était clairement un point important dans le sens où il a nettement orienté le choix de la destination.

Il s’agit pour moi de réussir les photos que je m’apprête à faire, de les réussir vraiment !

En cette fin de journée, il y a pas mal de monde qui se presse jusque sur les bords de la mer celtique pour regarder le soleil se coucher. Des amoureux, des gens seuls, des familles, des mariés et leur photographe et bien entendu… des photographes. Le lieu me donne l’impression d’être dans une cathédrale à ciel ouvert, aussi majestueux. J’y ai passé près de trois heures à regarder le soleil disparaitre avec le piano d’Evgeny Grinko sur les oreilles. J’étais dans une sorte de recueillement.

Cette fois encore, j’essaie différents cadrages, différents réglages, à différentes heures. La pierre basaltique qui compose la chaussée des géants est assez sombre à cet endroit. Le contraste entre la pierre et le ciel et la mer qui, eux, sont très clairs est un vrai casse-tête !

C’est pour elle, la chaussée des géants, que je suis venu dans cette partie de l’Irlande. Il y a du soleil, des nuages et la mer. Le dégradé de couleurs est impressionnant et change au fur et à mesure que le soleil s’enfonce derrière la ligne d’horizon. Encore quelques clichés et je rentre à l’auberge.